En bref
- Soirée organisée le 25 mars 2026 à l’Atelier de Lesneven par le Crédit Agricole, à l’occasion des 105 ans de sa caisse locale
- Trois intervenantes aux profils complémentaires, Fabienne Lepoittevin (Balcon Agencement, CMA Finistère), Françoise Rannou (agricultrice laitière) et Nathalie Louail (direction bancaire)
- Les femmes ne représentent qu’environ un tiers des créateurs d’entreprise en France, mais la Bretagne affiche des tendances plus encourageantes
- Freins identifiés, notamment l’accès au financement, les réseaux, la charge familiale et des secteurs encore très masculinisés
Mercredi 25 mars 2026, l’Atelier de Lesneven a accueilli une table ronde peu ordinaire. Initiée par le Crédit Agricole à l’occasion des 105 ans de sa caisse locale, la soirée réunissait trois cheffes d’entreprise du Finistère aux univers professionnels très différents, face à un public venu les entendre parler sans détour de leur rapport à l’entrepreneuriat. Eric Godet, président, et Bruno Gall, directeur de la caisse locale, animaient les échanges.
Trois parcours, une même conviction
Fabienne Lepoittevin, co-dirigeante de Balcon Agencement au Folgoët et présidente de la Chambre de métiers et de l’artisanat du Finistère et de Bretagne, Françoise Rannou, agricultrice laitière à Briec-de-l’Odet, et Nathalie Louail, directrice générale adjointe d’une banque finistérienne. Trois trajectoires distinctes, trois secteurs aux réalités très différentes, mais une ligne commune très nette tout au long de la soirée.
Toutes trois ont porté un même message, formulé avec une conviction commune. «Oser entreprendre est avant tout une question d’envie, d’audace et de confiance en soi.» Une prise de parole d’autant plus forte que les trois intervenantes ont construit leur légitimité dans des environnements encore largement dominés par les hommes.
Un tiers seulement, mais la Bretagne avance
Fabienne Lepoittevin a posé d’emblée les chiffres sur la table. Les femmes ne représentent qu’environ un tiers des créateurs d’entreprise en France. Un constat qui aurait pu décourager, mais qu’elle a immédiatement nuancé en évoquant la situation bretonne, où les données montrent une progression réelle et des signaux plus encourageants que la moyenne nationale.
Les intervenantes ont tenu à réfuter une idée reçue tenace. Ce déséquilibre ne s’explique «ni par un manque de compétences, ni par un manque d’ambition», ont-elles affirmé d’une même voix. Au contraire, les femmes sont aujourd’hui souvent mieux formées et plus diplômées que leurs homologues masculins, et lorsqu’elles franchissent le pas, elles font preuve d’une solidité remarquable dans la construction de leur projet.
Des freins nommés, documentés, à lever
La soirée n’a pas esquivé les obstacles concrets. Les échanges ont mis en lumière des freins bien réels. L’accès au financement reste plus difficile pour les femmes porteuses de projets, les réseaux professionnels sont souvent moins accessibles, et l’accompagnement adapté à leur situation manque encore dans de nombreux territoires. S’y ajoutent le poids persistant de la charge familiale et du quotidien, ainsi que la présence de secteurs d’activité qui résistent à la mixité.
Autant d’obstacles qui ne relèvent pas de la fatalité, ont insisté les trois intervenantes. Nommer ces freins clairement, les documenter et construire des réponses collectives fait partie de ce que des soirées comme celle de Lesneven permettent d’amorcer. La parole partagée entre femmes qui entreprennent a une valeur que les chiffres ne capturent pas toujours.
Une initiative portée par le territoire
En choisissant d’ancrer cet événement dans l’anniversaire de sa caisse locale, le Crédit Agricole a fait le choix de mettre les projecteurs sur un enjeu économique souvent relégué à la périphérie des grands forums nationaux. L’entrepreneuriat féminin se joue aussi dans les villes moyennes et les zones rurales, là où les parcours se construisent loin des incubateurs parisiens, avec les ressources du territoire et l’appui des réseaux locaux.
Questions fréquentes
Pourquoi les femmes créent-elles moins d’entreprises que les hommes ?
L’écart ne tient pas aux compétences ni à l’ambition, comme l’ont rappelé les intervenantes de Lesneven. Il s’explique par une combinaison de freins structurels : accès plus difficile aux financements bancaires, réseaux professionnels moins mixtes, charge familiale qui pèse encore majoritairement sur les femmes, et présence dans des secteurs où l’entrepreneuriat est moins valorisé. Des obstacles réels mais surmontables, notamment grâce à des dispositifs d’accompagnement dédiés.
Quelles aides existent pour les femmes qui veulent créer une entreprise en Bretagne ?
Plusieurs dispositifs soutiennent spécifiquement les créatrices d’entreprise en Bretagne. Le réseau Entreprendre au Féminin Bretagne propose un accompagnement personnalisé et des mises en réseau régulières. L’ADIE finance des micro-projets sans condition de garantie bancaire. La Région Bretagne et les chambres consulaires (CCI, CMA) proposent des formations et des aides à l’amorçage accessibles aux porteurs de projets sans distinction de secteur.
Comment rejoindre un réseau d’entrepreneures en Finistère ?
Le Finistère dispose de plusieurs points d’entrée pour les femmes qui souhaitent entreprendre ou se mettre en réseau. La Chambre de métiers et de l’artisanat du Finistère, présidée par Fabienne Lepoittevin, organise des événements et accompagne les créateurs de toute la filière artisanale. Les antennes locales de la CCI Bretagne, les réseaux Femmes de Bretagne et les clubs d’entrepreneuses locaux constituent d’autres relais accessibles sur le territoire.
L’entrepreneuriat féminin est-il plus développé en Bretagne qu’ailleurs en France ?
Les données régionales semblent aller dans ce sens, comme l’a souligné Fabienne Lepoittevin lors de la soirée de Lesneven. La Bretagne affiche des chiffres de création d’entreprises par des femmes plus encourageants que la moyenne nationale, portés en partie par la dynamique des réseaux d’accompagnement et par une culture entrepreneuriale locale qui valorise les initiatives de proximité, aussi bien dans les zones urbaines que rurales.

